Articles Tagués ‘Déluge du Saguenay’

Le jeudi 18 juillet 1996, une gigantesque dépression cyclonique commence à se former au-dessus du centre du continent nord-américain. Source

Le vendredi 19 juillet 1996

Je revenais à Jonquière en autobus après quelques jours de vacances à Québec. En entrant dans le Parc des Laurentides, les policiers ont commandé au chauffeur de s’immobiliser. Avec la pluie qui tombait depuis déjà 24 heures, il y avait des risques d’inondation. Dans l’autobus, nous avons tous souri. Les Saguenéens, et particulièrement les chauffeurs d’autobus, sont habitués aux caprices de la route 175. Nous avons donc repris notre chemin.

Le samedi 20 juillet 1996

Je suis arrivée au travail à 8 h sous une pluie diluvienne. Depuis quelques semaines, j’occupais un poste d’agent à l’information touristique de Jonquière, au bureau d’Arvida. Pour ceux qui ne connaissent pas la région, Arvida est situé sur la route régionale 170, entre Chicoutimi et Jonquière. Le bureau d’information touristique était situé dans le Centre des Congrès relié à l’hôtel Hilton (à l’époque). Comme il avait plu toute la journée, peu de touristes s’étaient présenté. Je me rappelle avoir écouté la radio : les autorités annonçaient le décès de deux jeunes enfants à Ville de la Baie.

Ce soir-là, ma famille s’est réunie devant la télévision. Le choc des images. Je pense que c’est à ce moment que nous avons saisi l’ampleur — et l’horreur — de la situation. Impossible d’exprimer avec des mots le sentiment d’angoisse et d’impuissance qui nous a noué la gorge en pensant aux membres de notre famille, aux amis et aux collègues qui habitaient également la région.

Les 19 et 20 juillet 1996, une masse nuageuse s’est arrêtée au-dessus de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Cet événement météorologique a laissé entre 170 et 200 millimètres d’eau en 36 heures et 250 millimètres en 48 heures, ce qui équivaut à la quantité de pluie qui tombe généralement en un mois sur ce territoire. Source

Des images d’apocalypse montrent des maisons entraînées par le courant. Des rues entières disparaissent ; les nombreux réservoirs débordent alors que les barrages menacent de céder. Tandis que le reste du monde a les yeux tournés vers Atlanta et ses Jeux olympiques, le Québec a le regard rivé sur une petite maison blanche qui résiste tant bien que mal aux trombes d’eau. Source

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Le dimanche 21 juillet 1996

8 h

J’ouvre le bureau d’information touristique. Il pleut encore.

9 h 15

Plusieurs militaires entrent dans le Centre des Congrès. Un haut gradé se dirige vers moi en m’annonçant que je travaille maintenant pour la Sécurité civile. L’armée a commencé à faire évacuer les résidents du quartier St-Philippe à Arvida à cause d’un filet d’eau — trop petit pour se retrouver sur les cartes de la ville — devenu rivière.

9 h 20

Avec l’accord de ma patronne, je mets nos installations à la disposition de la Sécurité civile.

9 h 30

Toutes les salles du Centre des Congrès sont ouvertes. Les militaires font une chaine humaine pour installer des centaines de lits de camp.

10 h

L’hôtel s’organise pour le service des repas.

10 h 30

Les premières personnes évacuées arrivent au Centre des Congrès. Bien que la majorité des gens soient calmes, l’angoisse est palpable.

10 h 45

On installe quelques télévisions dans la salle et le corridor afin que les gens puissent suivre l’évolution de la situation en direct.

11 h – 15 h

Les personnes évacuées arrivent par dizaine.

16 h 15

Les ambulanciers se présentent avec une femme enceinte de 8 mois. Sur le moment, on ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas allés directement à l’hôpital. Ce sont eux qui nous apprennent que la route régionale 170 a été détruite à deux endroits, isolant du même coup Arvida, des hôpitaux de Chicoutimi et de Jonquière…

On m’avait assigné une tâche : gérer les personnes qui désiraient appeler leurs proches afin de les rassurer. Bien malgré moi, j’ai assisté à des conversations déchirantes et émotives, et comme il y avait seulement un téléphone et que les appels devaient être rapides, j’ai dû consoler plus d’une personne.

Ce soir-là, je suis retournée à la maison vers 1 h du matin. Il y avait beaucoup de travail à faire, mais je me sentais surtout coupable de retourner à la maison alors que des centaines de personnes inquiètes tentaient de s’accommoder tant bien que mal à leur lit de fortune.

Le 19 juillet 2000

Quatre ans plus tard, je suis retournée à Ville de la Baie pour revoir la maison de mon enfance située dans le rang St-Jean, exactement là où nous avions vu des silos à grain et des fermes être emporté par le courant. À mon arrivée sur les lieux, je n’ai pas reconnu l’endroit et je suis passée tout droit. Il ne restait plus rien : ni la maison, ni la butte sur laquelle elle avait été construite et où j’ai appris à faire du vélo, ni la montagne derrière où l’on cueillait des fraises des champs, ni le pont jaune suspendu au-dessus de la rivière en face de la maison. En fait, oui, il restait une chose : la rivière. C’est tout.

Je n’y suis jamais retournée.

On ne peut pas vivre une telle catastrophe naturelle sans en garder des marques et développer un profond respect pour la force de la nature.


Sur ce blogue, j’ai l’habitude de vous parler de bières, de bouffe et de voyages. Il n’y a pas de raison de faire autrement ! Alors, pour ceux qui seront à Saguenay du 21 au 24 juillet, la Voie Maltée présentera au Festival des bières du monde ses toutes nouvelles bières Déluge blonde, Déluge blanche et Déluge session IPA, un clin d’œil aux 20 ans qui ont passé depuis cette catastrophe et à l’évolution du goût des amateurs de bières.

Topo de Radio-Canada Saguenay

Santé!